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Pourquoi l’État a-t-il annoncé la fin des chaudières gaz ?

Le 19/11/2021

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    Le gaz est une énergie plutôt bon marché (en dépit des augmentations successives récentes), qui permet de chauffer rapidement et de façon homogène un logement.

    Utilisé par environ 11 millions de foyers français, le gaz est pourtant la dernière victime du virage pris par les pouvoirs publics vers une transition énergétique verte. Après le fioul, les chaudières au gaz ne pourront plus être utilisées pour chauffer les nouveaux logements ? Pourquoi l’Etat a-t-il annoncé la fin programmée des chaudières à gaz ? Que dit vraiment la nouvelle réglementation ? Quelles alternatives de chauffage pour les ménages ? Tout ce qu’il faut savoir sur la fin du chauffage au gaz dans le parc immobilier français.

    Les chaudières au gaz seront-elles vraiment interdites ?

    La nouvelle règlementation environnementale RE2020 autrement appelée RT2020 qui entrera en vigueur dans le courant de l’année 2022, va mettre fin à l’utilisation du chauffage au gaz dans les nouvelles constructions. En théorie pourtant, rien n’interdira les propriétaires de nouvelles constructions d’installer une chaudière à gaz dans leur logement. Néanmoins, dans les faits, les seuils fixés par la nouvelle législation concernant les émissions de CO2 ont été drastiquement réduits. A partir de 2022, les nouvelles maisons individuelles devront émettre au maximum 4 kgs de CO2/m²/an. Les nouveaux logements collectifs, pour leur part, seront limités de façon plus progressive avec un seuil de 14 kgs de CO2/m²/an en 2022 passant à 6 kgs de CO2/m²/an en 2024. Une limitation qui empêchera pratiquement de facto l’installation d’une chaudière à gaz comme mode de chauffage principal à moins de réaliser une isolation quasi-parfaite faisant du logement une véritable habitation passive nécessitant très peu d’énergie pour être chauffée.

    Cette interdiction de fait concerne en revanche pour le moment, seulement les nouvelles constructions. Le gaz, énergie très plébiscitée par les ménages auquel recourent près de 40% des foyers français pourra continuer à être utilisé pour chauffer les logements anciens encore pendant de nombreuses années. Nul doute que la législation devrait toutefois évoluer sur ce point dans les prochaines années pour mettre fin totalement au chauffage au gaz à un horizon plus ou moins lointain.

    Les chaudières gaz victimes du processus de décarbonation

    La nouvelle règlementation RE2020 vise à terme à atteindre la neutralité carbone à l’horizon 2050. A cet égard, elle poursuit 3 objectifs très ambitieux visant à réduire l’impact carbone des constructions, le bâtiment étant responsable d’environ 30% des émissions de gaz à effet de serre : 

    • La prise en compte des émissions de carbone sur l’ensemble du cycle de vie du bâtiment, de sa construction (matériaux utilisés, équipements) jusqu’à son exploitation (chauffage, éclairage etc.).
    • Le renforcement indispensable de l’isolation des bâtiments, déjà présent dans la RT2012 avec notamment la création d’un indicateur du besoin bioclimatique Bbio qui permet d’évaluer l’efficacité énergétique de la construction.
    • La réalisation de constructions mieux adaptées aux conditions climatiques futures (notamment en été) et qui doivent permettre un confort de vie et de travail dans des conditions extrêmes (épisodes de canicule), le tout pour préserver la fraîcheur et limiter le recours excessif au à la climatisation.

    La disparition des chaudières gaz s’inscrit donc dans un processus global de décarbonation visant à mieux encadrer la construction pour limiter le besoin d’avoir à recourir aux énergies et tout particulièrement aux énergies fossiles dont le gaz constitue l’élément majeur avec le pétrole. La limite de consommation de chauffage pour les nouvelles constructions sera donc ramenée à 12 kWhep/m²/an contre 50 kWhep/m²/an dans l’ancien dispositif

    Les chaudières gaz incompatibles avec l’objectif de bâtiment positif

    Avec la RE2020, les pouvoirs publics entendent aller encore plus loin que le concept de maison passive développé dans la RT2012. Là où l’ancienne réglementation avait pour objectif de mettre en avant la sobriété énergétique en limitant les apports de chauffage au strict nécessaire des besoins de l’habitation, la future législation prévoit la construction de Bâtiments à Énergie Positive (BEPOS). Ces nouvelles constructions devront ainsi produire au moins autant d’énergie qu’elles n’en consomment grâce notamment à des systèmes de production d’énergie autonomes s’appuyant sur les énergies renouvelables. En tant qu’énergie fossile uniquement utilisée à des fins de consommation, le gaz ne rentre donc plus dans ce nouveau paradigme.

    La fin des chaudières gaz afin de mettre en avant des énergies renouvelables

    Les pouvoirs publics ont établi des politiques visant à l’augmentation du taux de remplacement des équipements de chauffage. Les systèmes de chauffage à énergie fossile sont donc dans le collimateur des autorités et doivent autant que possible et dans les meilleurs délais être remplacés par des équipements à énergie renouvelable.

    Parmi eux sont notamment mis en avant : 

    • Le chauffage solaire produit à partir de panneaux photovoltaïques
    • La pompe à chaleur utilisant les éléments naturels pour produire de la chaleur voire le cas échéant rafraîchir l’intérieur des logements (cas de la pompe à chaleur réversible). La pompe à chaleur restitue notamment les calories issues soit de l’air (PAC air-air), soit de l’eau (PAC air-eau) ou bien encore de laterre (PAC géothermique).
    • Le chauffage biomasse utilisant des matières organiques, agricoles ou forestières. C’est le cas notamment de la chaudière à bois ou du poêle à granulés ou à pellets. Le bois est en effet une ressource peu chère, abondante et avec un fort pouvoir calorifique. Il a en outre la capacité de conserver les gaz à effets de serre pour ne les relâcher qu’à la fin de son cycle de vie pendant la combustion.

    Ces nouvelles formes de chauffage sont particulièrement mises en avant par les pouvoirs publics qui ont initié des mécanismes d’incitation financière et fiscale pour l’installation de ces équipements afin de renouveler à terme la majeure partie du parc immobilier français.

    Le chauffage au gaz pas forcément condamné ?

    S’il s’agit d’un coup très dur porté au chauffage au gaz, cette énergie n’en demeure pas moins encore très utilisée et fera partie du mix énergétique national pendant de nombreuses années encore. 

    Par ailleurs, le gaz a déjà amorcé sa révolution avec le développement du biogaz ou gaz naturel. Celui-ci est produit par la fermentation de déchets organiques issus de sources animales ou végétales par un processus de méthanisation. Le biométhane issu de ce processus peut alors être utilisé pour produire de l’électricité dans un moteur à gaz, alimenter des centrales électriques, alimenter en carburant une voiture au gaz ou bien encore chauffer des bâtiments par combustion dans une chaudière.

    Le développement du biogaz pourrait à long terme permettre d’alimenter le réseau public comme le fait aujourd’hui le gaz de ville. Toutefois, cette transformation est très longue et laborieuse et même les prévisions les plus optimistes ne permettent pas d’anticiper un gaz 100% renouvelable d’ici 2050, date cochée par le gouvernement pour une totale décarbonation. Les projections de la Programmation Pluriannuelle de l’Énergie (outil de pilotage pour la Transition Énergétique en France) font état d’une pénétration de 7% du biogaz à horizon 2030 dans le réseau de gaz global. Des estimations qui, bien qu’encourageantes, ne permettent pas de bâtir une véritable stratégie disruptive sur le chauffage au gaz à brève échéance.

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    GODEFROY JARZAGUET

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